Jean-Claude Schindelholz,
Courrendlin (JU)
Un rendez-vous sec et pan! Le médecin nous annonce froidement par téléphone que ma femme est atteinte d’un cancer du sein. Le lendemain, au cabinet, il a parlé uniquement de la maladie de ma femme avant de lui donner rendez-vous 10 jours plus tard, pour l’opération. Elle avait 31 ans, l’âge d’avoir des enfants.
J’ai eu le sentiment que je n’avais plus rien, à l’exception de la peur et de quelques mots qui tournaient en boucle dans ma tête: cancer, perdre ma femme… On oublie les victimes collatérales: les conjoints, les proches. Je me suis senti seul, largué!
J’ai régulièrement accompagné ma femme durant sa thérapie mais je me suis renfermé, n’en parlais à personne. J’ai fait cette erreur! Je partais des heures dans la forêt, seul avec mon chien. Le matin, au moment d’aller au travail, je voyais mon épouse au plus mal et mes collègues ne comprenaient pas pourquoi j’étais irascible. A ma femme non plus, je ne savais pas quoi dire, j’avais peur de la blesser, de lui faire mal. Résultat, elle devait se battre pour moi aussi bien que pour elle-même. Elle a pourtant su me comprendre et me dire que lorsque je m’en allais ainsi, elle avait parfois besoin de moi. Elle m’a cité l’exemple d’un couple que nous connaissions, du soutien moral que le mari apportait à sa femme. Je réalise que mon épouse s’est battue pour lutter contre la maladie mais aussi pour sauver notre couple. Quelle preuve d’amour!
En 2005, Line a eu un deuxième cancer, à l’autre sein. Nous avions beaucoup discuté depuis 1994 et là, je voulais être présent pour elle, me comporter différemment. On n’a pas été formé pour communiquer avec quelqu’un qui est malade, alors inutile de jouer à l’homme fort qui ne doit ni pleurer, ni avoir peur ou s’inquiéter: il faut oser en parler! J’ai alors décidé de suivre une thérapie cognitivo-comportementale et j’ai effectué un grand travail sur moi avec l’aide d’un spécialiste. Cela m’a permis de voir la vie autrement. Depuis, même si la maladie a changé notre vie, je me sens libéré et notre couple s’est encore renforcé.
L’avis de Christian Neukomm,
pharmacien responsable de la pharmacieplus de la tour d’ivoire, Montreux (VD)
Dans le cadre de la formation continue réservée aux pharmaciens, vous avez participé à un cours sur le suivi des patients cancéreux. En quoi cela vous paraît-il important?
Il me semble que le travail du pharmacien est de compléter celui du médecin, d’autant plus que ce dernier manque parfois de temps. Il est de notre ressort d’expliquer entre autres au patient les effets secondaires des médicaments: les nausées, notamment, incitent quelquefois le malade à ne pas les prendre. En outre, il est avéré que la prise régulière de ces médicaments est garante d’un traitement optimal.
En tant que pharmacien d’officine, que mettez-vous au premier plan de vos préoccupations, dans le domaine de l’oncologie en particulier?
Me mettre à l’écoute du patient ou de la personne qui le souhaite! Cela va me permettre de déterminer quel est son degré d’information, d’identifier ses besoins pour y répondre, de développer une relation de confiance… Cela implique aussi de respecter son état psychologique: ce sont parfois les personnes qui ont l’air les plus fortes qui ont le plus besoin de soutien. Si un proche s’adresse à nous, notre devoir de confidentialité ne nous autorise pas à communiquer des informations relatives à un patient. En revanche, nous pouvons aussi conseiller cette personne en cas de stress, de fatigue, d’anxiété…
